Les problèmes liés à l’obésité, cette maladie qui touche toute une population, ont fait l’objet d’un rapport national remis au Sénat par l’IRSERM en septembre 2003. La conférence de santé qui s’est tenue en Corse a approuvé les orientations prises en terme de prévention des maladies et préconise particulièrement de prévenir les risques sanitaires des milieux de vie, de réduire les surmortalités liées à des facteurs de risques comportementaux.
A partir de ces orientations, il y a lieu de tenir compte de l’existence d’un problème de santé qui relève du domaine de la santé publique. Les chiffres publiés à l’issue de l’enquête réalisée en 2003 auprès de 6500 élèves de Corse, sont inquiétants.
La situation de la Corse demande une attention particulière de notre part, en terme de soins de suivi des adultes touchés par la maladie et de prévention dès le plus jeune âge, en respectant la dimension locale et familiale du problème posé par l’obésité.
Les données publiées au niveau national et international attirent notre attention, particulièrement sur les populations défavorisées qui sont les plus touchées par ce problème de santé publique. Les conséquences de cette évolution sur la santé deviennent préoccupantes et ont des incidences économiques et sociales.
Mais déjà, une étude publiée en décembre 2003, réalisée par l’Office Régional de Santé de Corse en relation avec l’Union Régionale des Caisses d’Assurance Maladie et l’Education Nationale portant sur 6500 élèves du CE² à la 3ème montre que 21,60 % des enfants et des adolescents sont en surcharge pondérale (en France la moyenne nationale est de 18 %). La Corse est en tête de toutes les régions françaises et les deux départements de Corse sont dans la même situation.
Un adolescent sur 5 est en surcharge pondérale. En 3ème, 17,70 % des élèves sont concernés à ce niveau. Entre 14 et 16 ans, les garçons sont 19,50 % à être touchés par le problème, alors que les filles sont 15,90 %. Et on constate que les jeunes filles ayant un retard scolaire ont une surcharge pondérale plus importante que les autres jeunes filles de leur âge. En 6 ans, l’obésité a augmenté de 3 %. Cette projection est inquiétante. En effet, en 2009 si nous suivons la même progression ce sont 23,60 % des enfants qui seront touchés par ce problème. La rapidité d’évolution du problème de l’obésité pour les enfants demande de réfléchir à la façon de réagir d’abord vis-à-vis des adultes, des parents qui sont déjà touchés par cette maladie.
Il y a lieu d’ajouter que déjà les adultes sont touchés depuis deux décennies et si l’obésité apparaît comme un fait majeur de santé publique, aujourd’hui, on cerne encore mal les raisons précises du phénomène ainsi repéré, en particulier d’un point de vue sociologique. Mais l’obésité connaît de fortes différences entre la France et les Etats-Unis. Entre 1970 et 2000, en France, même si le phénomène se développe, le problème de l’obésité - chez les adultes - montre une croissance plus rapide du phénomène ces dernières années. De part et d’autre de l’Atlantique, l’obésité est liée à la hiérarchie sociale.
La particularité liée à l’augmentation de l’obésité chez les femmes doit être prise en compte particulièrement dans notre région. Il y a lieu de considérer les facteurs qui déterminent l’obésité remarquée en Corse. La population des malades rencontrée, particulièrement du secteur de Bastia, montre que les personnes des milieux défavorisés constituent 80 % de la clientèle reçue.
Il y a lieu d’étudier différents aspects de la nature des problèmes qui déterminent l’obésité, particulièrement l’alimentation, des plats préparés qui culturellement sont fondés sur les viandes et les féculents. Ceux-ci occupent une place privilégiée et les viandes aussi dans la consommation de la famille. Les légumes sont bien peu utilisés. Il faut constater deux écueils de taille : leur prix et la conception culturelle qui vise à considérer les légumes comme « ne nourrissant pas son homme ». Celui qui travaille, « l’homme fort » a besoin de viande et de plats où les féculents sont très présents.
De plus, les femmes des mêmes quartiers, ne travaillent pas et restent plongées dans leur fauteuil à regarder la télévision en mangeant des sucreries qui les font grossir. Elles aussi ont appris à manger vite et devant la télévision, elles reproduisent leur ennui dans le temps à partir d’un apprentissage dans l’enfance.
Les personnes rencontrées font état de la situation dramatique de ces malades au regard de leur propre existence qu’elle brûle sans réellement exister. Elles constituent la majeure partie des patients adultes rencontrés. Pourtant les femmes consomment plus de légumes que les hommes concernés par le problème de l’obésité.
Le manque d’activité sportive est le troisième élément qui préside au problème de l’obésité. Une personne interrogée précise « pourtant pendant que l’on fait du sport on ne pense pas à manger ». Il existe des clubs sportifs, mais les enfants rencontrés pour des problèmes d’obésité n’ont jamais pratiqué de sports. Ils sont honteux de leur corps et d’eux-mêmes.
Les personnes concernées, d’abord les adultes, font l’objet de consultations qui ne sont pas toujours mises en cohérence. Le patient consulte sans qu’il y ait forcément de lien entre les différents médecins. Les suites sanitaires et sociales dues à l’installation de l’obésité sont rentrées dans la vie de ces personnes.
Il y a lieu de penser à la mise en place d’un projet relatif à la prise en charge du patient du début à la fin de la chaîne des soins. Une prise en charge globale du patient qui repose sur le dossier médical dont les éléments seront portés à la connaissance de chacun des médecins qui interviendront au cours de la maladie.
En effet, on constate qu’une sorte de désespoir moral existe qui n’est actuellement pas pris en compte en terme de réseau dans le traitement de l’obésité. Il y a des manques en matière de suivi psychiatrique, de prise en compte dans le domaine de l’endocrinologie, de lien entre le médecin généraliste, les autres médecins et acteurs paramédicaux et sociaux pour une prise en charge globale du malade.
La mise en place d’une chaîne médico-sociale permettant, à partir d’une démarche volontaire engagée avec la personne qui consulte, de réaliser un suivi du patient. Il serait alors possible de réaliser un protocole d’aide et de suivi adapté à la personne comprenant des étapes dans la progression des soins pour qu’elle « sorte » de sa situation d’obésité. Les médecins et les acteurs sociaux ainsi que les associations existantes peuvent permettre un ancrage de l’action en fonction d’un projet bâti en relation avec l’avancée des actions déjà menées.
Nous prenons en compte, d’une part les actions déjà conduites pour les renforcer et les structurer et d’autre part de faire en sorte que ces actions se transforment en un projet cohérent ayant des objectifs et un système d’évaluation.
La famille a une place importante dans l’accompagnement des personnes touchées par l’obésité et des rencontres dans les centres sociaux avec des assistants sociaux et d’autres intervenants en diététique peuvent permettre de donner à la chaîne du suivi des personnes une répercussion au sein même des familles dans les quartiers les plus touchés par ce problème.